prologue dans le roman - masterclass écriture Samuel Delage

Prologue

Le prologue est une clé très efficace dans les romans, et devenu presque systématique dans les séries TV. Le prologue est une sorte de mise en condition avant de démarrer le récit. Il ne faut pas confondre prologue et premier chapitre. Toutefois, le prologue ne doit exister que s’il est utile et pertinent. Un prologue forcé produira un effet perturbant pour le lecteur. La meilleure façon pour l’auteur de savoir si « prologue » ou pas « prologue », c’est dans tous les cas d’en écrire un, et d’évaluer ce qu’il produit.

La mise en condition, flashback et flashforward

Dans sa définition la plus conventionnelle, le prologue relate un événement passé, un flashback, qui permet au lecteur de goûter une ambiance ou de disposer d’un élément qui viendra s’enchâsser de façon presque immédiate avec le premier chapitre. Toutefois, le prologue étant une mise en condition, l’efficacité est aussi très pertinente avec le flashforward, c’est-à-dire une projection future.  

La mise en condition dans le prologue doit être très courte, entre une et cinq pages maximums, et plutôt une à trois pages, pas davantage. Étant donné qu’il ne s’agit pas encore du début du récit, vous ne pouvez pas exiger trop d’efforts pour le lecteur. Et surtout, votre prologue se doit d’être extrêmement efficace et soigné, c’est l’ultime transit jusqu’à la rampe de lancement de votre récit.

Le prologue doit être marquant et surtout intrigant. Le fruit de sa promesse c’est l’écrin qu’il apporte au début du récit, votre premier chapitre, et l’écho qu’il produira avec la fin de votre récit. L’exercice du prologue est délicat dans le sens où il est possible d’y raconter tout ou presque, vous aurez donc besoin d’y revenir avant, pendant et après l’écriture complète de l’histoire.

Flashback

Le prologue en flashback est le plus classique, il s’agit d’une scène qui précède l’événement soit très peu de temps ou très longtemps avant ce qui arrive dans le premier chapitre.

« Le passé est un prologue. »
William Shakespeare

Dans le cadre d’un polar, cela peut être les minutes qui précèdent un crime. Avant que l’histoire commence sur le crime à proprement parler. Le lecteur peut découvrir ainsi, tout de suite, qu’il s’agit bien d’un crime, car le prologue évoque une silhouette aux mains gantées. Et quand l’histoire commence, les flics sont persuadés qu’il s’agit d’un accident, et pas d’un crime… jusqu’à la découverte d’un détail intriguant qui fera tout basculer.

Dans un roman, le flashback peut tout aussi bien être un événement marquant dans la jeunesse du personnage principal, 20 ans ou 30 ans plus tôt, avec un parent, un ami… Ainsi, quand l’histoire commence, 20 ans ou 30 ans plus tard, nous retrouvons ce personnage, dans une situation particulière, qui fera écho au prologue et nous plongera immédiatement dans des interrogations haletantes des événements qui se préparent. Nous voudrons savoir ce qui va se passer pour ce personnage.

L’effet du prologue est au service direct du début du récit, et aura aussi un sens supplémentaire et malin au moment de la résolution de l’histoire. Compte tenu du fait que le prologue est idéalement marquant et fort, le lecteur s’en souviendra. Ce prologue restera dans la mémoire tout au long de la lecture et fera écho à la fin de votre histoire.

Flashforward

Le prologue, c’est aussi la possibilité d’un flashforward, et c’est une forme que j’apprécie particulièrement pour son efficacité. Le flashforward c’est la projection dans le futur. Vous installez en une ou trois pages une scène majeure de votre histoire, une scène que le lecteur découvre de façon omnisciente, comme un spectateur, dans un moment crucial et chargé d’émotion. Le lecteur ne connait pas encore le personnage principal ni le contexte, mais il va être immergé de façon immédiate au cœur du récit.

Ce flashforward peut se jouer de plusieurs façons. Il peut s’agir d’un événement futur qui se produira à la fin du premier chapitre, ou au milieu de votre roman, ou encore, à la fin. Ce prologue en flashforward interpelle et est tellement marquant qu’il vous hante jusqu’à lui trouver sa place pendant la lecture du récit. C’est comme une pièce de puzzle que vous ne savez pas où loger, ça vous vous ronge, mais cela offre une énorme satisfaction, quand, enfin, vous trouver son emplacement. Vous l’écrasez même plusieurs fois du plat de la main pour être certain qu’elle ne bougera plus, et qu’elle est bien à sa place.

Dans la série Breaking Bad, tout commence sur un flashforward éclatant. On voit le personnage principal dans une situation extrême. À bord de son vieux camping-car, masque à gaz sur le visage, nu, vêtu seulement d’un slip qui ne ressemble à rien, il conduit comme un dératé qui ne maîtrise plus la situation. À bord, 3 passagers inconscients. Puis son masque se rempli de buée, il ne voit plus rien et se plante dans un virage au milieu de nulle part en plein désert rocheux aux États-Unis. On devine que quelque chose de toxique imprègne l’habitacle du camping-car… et on est loin d’imaginer ce que c’est au début. Alors que le personnage se retrouve en slip à tousser à l’extérieur après l’accident, il enregistre à la hâte sur un caméscope un témoignage tandis qu’on entend les sirènes d’une voiture de police approcher. Le personnage est clairement dépassé par la situation, et les flics passent à toute allure à côté, ils ne sont pas à sa poursuite. Cette série est emblématique, couronnée de succès. Je recommande de regarder au moins les premiers épisodes. Le prologue est un modèle du genre.

Autre exemple dans le roman « La Vérité sur l’Affaire Harry Québert » de Joël Dicker. Le prologue est un flashforward sur à peine deux pages. Le personnage principal est un écrivain à succès qui parle de son premier best-seller et tout ce qui a déclenché l’écriture de ce livre. Joël Dicker amène de façon habile les réactions les plus intrigantes que font les lecteurs du roman de son personnage principal. Au point qu’on se demande ce que peut révéler ce livre ahurissant.  Et le prologue se termine par :

“L’affaire qui agitait l’Amérique, et dont j’avais tiré l’essence de mon récit, avait éclaté quelques mois plus tôt, au début de l’été, lorsqu’on avait retrouvé les restes d’une jeune fille disparue depuis trente-trois ans. C’est ainsi que débutèrent les événements du New Hampshire qui vont être rapportés ici, et sans lesquels la petite ville d’Aurora serait certainement demeurée inconnue du reste de l’Amérique.”

On sait à cet instant qu’on va découvrir tout ce qui a conduit l’écrivain jusqu’au succès de son premier roman et les dessous d’une histoire hallucinante.

Cet article n’est qu’une première approche de ce sujet très important. Je vous encourage à l’approfondir, à suivre le fil de mes articles, à recevoir gratuitement le guide des 10 règles d’écriture pour réussir que je propose, ainsi que découvrir mes MasterClass.

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