Le milking en fiction - masterclass écriture roman et série tv - Samuel Delage

Le MILKING dans le récit

Le milking, encore un anglicisme, mais surtout une notion incontournable. Approcher la perfection, dénicher le détail, propulser le récit vers ce qu’il peut donner de meilleur, c’est passer par le milking. « Milk » signifie « traire », c’est obtenir le maximum des idées proposées, chercher la quintessence de chacune des créations dans le récit, comme presser un citron jusqu’à la dernière goute, à s’en blanchir les phalanges.

Le milking c’est satisfaire le lecteur avec tout ce que peut donner la caractérisation d’un personnage, tout ce que peut proposer l’arène du récit, tirer le maximum de chacune des actions entreprises par les protagonistes.

Ne laissez rien en suspens, grattez les idées jusqu’à l’os.

“Il ne suffit pas d’avoir de bonnes idées, il faut agir. Si vous avez besoin de lait, ne vous installez pas sur un tabouret au milieu d’un champs dans l’espoir qu’une vache y passe.”
Curtis Grant

Si trouver des idées n’est pas trop compliqué, trouver « la » bonne idée, ça, c’est beaucoup plus délicat. Alors quand on tient la bonne idée, après des heures ou des jours d’efforts, on lui fait pisser tout le jus qu’elle a dans les tripes. C’est à ça qu’on reconnait un bon récit, un bon livre, un bon film, une série qui tape, un vrai personnage qui nous marque. C’est la différence entre l’auteur amateur et le professionnel. L’évidence n’échappe à personne quand tout fait sens dans votre récit. L’éditeur repère tout de suite l’éclat dans le reflet d’un diamant en devenir, et cet éclat se verra surtout auprès des lecteurs par la suite.

Alors c’est quoi un bon milking ?

Si vous décidez de placer votre histoire dans un lieu caractéristique ou symbolique, exploitez-le jusqu’à la corde, de telle sorte que personne ne puisse penser que l’histoire pourrait se passer ailleurs. Que ce soit un pays, une ville ou un monument, tout doit faire écho avec cet endroit, et vous devez jouer avec, à travers les péripéties de vos personnages, mais aussi dans vos thèmes et les caractérisations de vos héros.

Si votre héros est un des guichetiers à l’époque de la première ouverture des visites de la Tour Eiffel, et que votre texte ne parle ni de la Tour, ni de Paris, ni de l’époque… vous risquez de décevoir vos lecteurs qui se figurent déjà des quantités de découvertes et de belles aventures, peut-être déjà avec le titre choisi pour votre récit, ou avec sa couverture ou le résumé au dos du livre. Il est indispensable de satisfaire les attentes, de surprendre, et de tout connecter. Le personnage, qui est guichetier, pourrait avoir un rapport particulier à la ferronnerie, ce qui expliquerait encore plus son admiration pour cet édifice métallique prodigieux. Peut-être qu’il a participé au chantier, qu’il a conservé quelques rivets qu’il a remplacés au sommet de la Tour, et que bien peu argenté, il a forgé une bague de fiançailles avec ce métal symbolique. Peut-être qu’il va profiter d’une visite de la Tour pour demander en mariage celle qu’il aime et lui offrir cette bague particulière. Savez-vous que sur la Tour Eiffel c’est au moins une demande en mariage qui s’y passe chaque jour ? (Je vous propose d’écouter un podcast de quelques minutes où je dévoile quelques secrets de la Tour Eiffel – Dans les arcanes de la Tour Eiffel). Si dans votre récit sur la Tour Eiffel il se joue un crime, faites par exemple peser une première menace vertigineuse qui promet à la victime une chute spectaculaire, pour finir plus simplement par être écrasée par un des ascenseurs révolutionnaires de la Tour après avoir échappé une première fois des griffes du criminel.

C’est en creusant vos personnages, vos arènes et vos thèmes que vous pouvez puiser des quantités d’idées capables de répondre à tous les besoins de vos récits et aux attentes des lecteurs. C’est également ce qui vous permettra de créer des surprises parfois ingénieuses, d’agrémenter vos récits de découvertes et de donner du plaisir à lire.

Vivre le milking de l’intérieur

Dans mon roman Arcanes Médicis, j’ai placé mon personnage principal Yvan Sauvage, expert en art et commissaire-priseur à la Villa Médicis, l’un des lieux culturels les plus emblématiques en matière d’histoire de l’art au monde. Il était là-bas comme un poisson dans l’eau évidemment. L’exploitation franco-italienne était de mise puisque la Villa Médicis appartient à la France et se trouve en plein Rome. Tout devait vibrer entre la France et Italie, dans l’ambiance, dans la culture, que ce soit à table ou dans les mœurs des personnages. Le lecteur doit se sentir en Italie, et à la fois dans une bulle française. Tout ce qui se rapporte à l’art sert à mon personnage dans ce récit, c’est son job, sa vocation, son ADN, sa caractérisation, comme la charmante Marion Evans qu’il retrouve là-bas, doctorante en histoire de l’art, aussi espiègle que fascinante et qui n’a pas son pareil pour flirter avec le danger. Une œuvre d’art devient une arme, la connaissance de produits liés à la restauration d’œuvre peut servir de poison… Et si un criminel retors se fait joueur, l’esprit d’analyse et le coup d’œil de l’expert et commissaire-priseur deviennent ses atouts, comme ceux d’un flic redoutable.

Pour mes recherches j’ai eu la chance de pouvoir séjourner à la Villa Médicis. J’ai arpenté la villa de jour comme de nuit, que ce soit depuis les passerelles sur les toits jusque dans les souterrains interdits. Quand il devient difficile de respirer dans les souterrains, que la température a baissé de plus de 20 degrés depuis que vous y êtes entré, que tout est poussière et éboulement, que vous courbez le dos, qu’il vous semble soudain être déjà passé plusieurs fois au même endroit et que vous vous rappelez que les souterrains s’étendent sur des kilomètres, mais que plus personne n’a de plan de cet endroit et surtout que plus personne ne s’aventure ici, les idées viennent. Il serait dommage de ne pas exploiter toute cette matière dans le récit, même si allonger le pas encore dans ces boyaux vous glace le sang. Quant à 4h du matin vous êtes seul dans une forêt qui domine Rome, enclavé dans un des vastes jardins de la Villa Médicis, au milieu des herbes sauvages, que les chauves-souris vous frôlent les cheveux, que les moustiques qui les excite dansent au milieu des lucioles, les idées germent comme les peurs… et le milking s’invite pour ne rien manquer de tout ce que vous pouvez exploiter là, tout de suite.

L’expérience de l’adaptation audiovisuelle en cours d’Arcanes Médicis est d’autant plus grisante qu’imaginer retourner sur les lieux me fait revivre un véritable cocktail d’émotions. C’est d’ailleurs pendant l’écriture du scénario avec la production que d’autres idées me sont venues et que je m’aperçois que le miliking peut toujours être renforcé.

Ne lésinez pas, creusez, creusez et creusez encore. Pensez milking !

Cet article n’est qu’une première approche de ce sujet très important. Il est indispensable de l’approfondir. Je vous encourage à suivre le fil de mes articles, à recevoir gratuitement le guide des 10 règles d’écriture pour réussir que je propose, ainsi que découvrir mes MasterClass.

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