L'incident déclencheur du récit - MasterClass écriture - Samuel Delage

L’incident déclencheur du récit

L’incident déclencheur, c’est le bouton qui actionne l’histoire. Parfois, l’idée d’un récit prend naissance de cette façon, avec un flash, un déclencheur. Nous sommes souvent témoins de scènes fortes qui nous projettent immédiatement dans une succession d’événements, cela peut être inspirant et nous faire mordre à l’hameçon. Reste à savoir si ces incidents déclencheurs soulèvent suffisamment de choses en nous pour raconter les meilleures histoires possibles.

« Tout bon livre doit savoir provoquer l’attente : lire, c’est attendre la suite ! »
Frédéric Beigbeder

« Le nom du plus grand des inventeurs : accident. »
Mark Twain

Le rôle de l’incident déclencheur

L’incident déclencheur permet d’accéder à l’histoire que raconte l’auteur. Cela permet aux lecteurs d’entrer dans le récit de façon naturelle, immédiate et de créer l’accroche. Il est donc indispensable de soigner la présentation et la mise en place de l’incident déclencheur. Certains auteurs excellent en la matière, à tel point qu’en tant que lecteur nous pouvons percevoir la jubilation qui a animé le créateur.

Exemple d’incident déclencheur :

Dans la série TV « Blindspot », tout commence avec un long sac de sport abandonné sur un trottoir bondé de monde au cœur d’une grande ville américaine. Un policier remarque le volumineux colis, suspect. Il s’approche et remarque une étiquette sur le sac, « Pour le FBI ». Il appelle des renforts, très vite la foule est écartée. Alors qu’un démineur en tenue s’approche tout doucement du sac, que la tension monte à travers tous les objectifs cadrés en zoom sur l’intervention, le sac s’ouvre de lui-même, délicatement. En sort une femme, environ 30 ans, nue, mais couverte de tatouages de la tête aux pieds.

Elle ne se souvient de rien, ne sait pas qui elle est, ce qu’elle fait ici et ce qui lui est arrivé. Un blackout total, vertigineux, qui nous plonge immédiatement en empathie avec elle. Et puis il y a un tatouage particulier qu’elle ne pouvait pas voir, dans son dos, parmi les autres. Le prénom et le nom d’un éminent agent du FBI. Les deux personnages se trouvent ainsi liés, sans pourtant ne rien savoir ni de l’un ni de l’autre.

Les seules traces de mémoire de cette fille se trouve trouvent sur son épiderme à présent. Toute sa peau est scannée, une longue analyse du FBI commence…

L’accroche est soignée, forte, et laisse imaginer la possibilité d’un récit solide et prometteur, avec beaucoup de matière.

Les deux types d’incidents déclencheurs

L’incident déclencheur provoque nécessairement une immédiate réaction du personnage principal. C’est le moment de bascule, le moment ou l’équilibre n’est plus et que le quotidien du personnage et de son entourage vacille.

Le personnage peut être atteint de deux façons. Soit par un événement qui n’est pas de son fait, ou par un événement qu’il a contribué à provoquer. Ce sont là les deux types d’incidents déclencheurs possibles.

L’incident déclencheur imprévisible

L’incident déclencheur imprévisible repose sur le hasard. Ce peut être un accident, un coup de chance, une rencontre, la perte de quelqu’un…

L’exemple du livre « La chambre des merveilles » de Julien Sandrel correspond à cette catégorie.

Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet.

  Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis.  En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie.

  Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut–être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait.

  Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…

Au passage, vous noterez l’efficacité de ce pitch, qui, même un peu long, nous emporte immédiatement. C’est ainsi que ce livre a obtenu plusieurs dizaines de traductions avant même d’avoir été publié en France. La promesse est si forte et si humaine qu’il ne fait dès lors aucun doute que l’histoire, visée et soutenue par un éditeur de renom, sera un succès. Le succès de ce livre a dépassé toutes les espérances. Le tournage de l’adaptation audiovisuelle est en cours. J’ai pu mesurer combien l’intérêt avait été vif auprès de nombreux producteurs qui m’ont confié avoir regretté d’être moins rapide que leur confrère qui en a acquis les droits.  

Quand un incident déclencheur bouleverse une vie, ou plusieurs vies, vous tenez un os solide.

L’incident déclencheur provoqué

Dans ces cas de figure, le personnage principal est celui qui provoque ce qui lui arrive.

  • Un jeune couple se décide à devenir parents, et l’année suivante ils célèbrent la naissance de leur premier enfant.
  • Un expert en courses hypniques et parieur compulsif remporte le gros lot.  

L’exemple du livre « Le liseur du 6h27 » de Jean-Paul Didierlaurent illustre très bien également le cas de l’incident déclencheur provoqué par le personnage.

« Voilà, on voulait vous dire, on aime bien ce que vous faites. Ça nous fait drôlement du bien. Ça va bientôt faire un an que Josette et moi, on vient vous écouter tous les lundis et jeudis matin ». Sur le chemin du travail, Guylain lit aux passagers du RER de 6h27 quelques pages rescapées de livres voués à la destruction. Ce curieux passe-temps va l’amener à faire la connaissance de personnages hauts en couleur qui cherchent, eux aussi, à réinventer leur vie. Un concentré de bonne humeur, plein de tendresse et d’humanité.

Ce pitch fort, basé sur un élément déclencheur provoqué par le personnage a immédiatement conquis le monde de l’édition, et, comme dans le cas du livre « La chambre des merveilles », a lui aussi décroché plusieurs dizaines de traductions avant même sa publication en France.

Que l’incident déclencheur soit imprévisible ou provoqué, ce qui compte c’est la puissance de sa promesse.

La nature de l’incident déclencheur implique d’autres conséquences sur le récit. Elles sont très importantes à connaitre et à prendre en compte.

Je vous encourage à suivre le fil de mes articles, à recevoir gratuitement le guide des 10 règles d’écriture pour réussir que je propose, ainsi que découvrir mes MasterClass.

Atelier écriture roman

Cette formation est donnée par un écrivain brillant et passionnant qui excelle dans la transmission. Un régal pour votre intelligence et la sensibilité de votre âme.

Noté 5 sur 5
29 janvier 2023

On est accompagnée pas à pas et chaque pas est passionnant. Je me suis régalée du début à la fin. Il y a tant d’enseignements qui « daignent » s’abaisser à notre petit niveau qu’en trouver un qui part du principe qu’il s’adresse à des gens intelligents et imaginatifs est vraiment stimulant. Samuel Delage est un incroyable pédagogue. Il aime transmettre et il sait le faire comme personne car il prend un vrai plaisir à vous accompagner et à tirer le meilleur de vous-mêmes. Du grand art. Un immense merci. Florence

Florence

Un grand merci !

Noté 5 sur 5
23 janvier 2023

Vous nous offrez là un véritable kit, synthétique mais très complet, pour écrire un roman clés en mains, de la conception à la diffusion. Après les remarquables premiers pas de la Masterclass « Comment développer votre style d’écriture ? », on n’est vraiment pas déçu par cette deuxième Masterclass sur le « Challenge 5 jours pour préparer votre roman ». Cette fois-ci, tout y est : la conception d’abord (idée, personnages, plan). Non seulement c’est très structuré mais en plus tout est très clairement expliqué . En particulier pourquoi il est indispensable de connaître la fin dès le début. Je suis tombé dans ce piège pour mon second roman, bloqué au milieu faute de fin. Les étapes suivantes ( premier jet, relecture et récriture) reprennent ce qui a déjà été dit dans la précédente Masterclass, mais ajoutent des informations très importantes, comme toute la partie sur l’ironie dramatique et la surprise. On découvre les « trucs » de scénariste, et c’est passionnant. La partie finale sur la motivation est aussi très intéressante en ce sens qu’elle n’est pas trop dogmatique. Elle fait bien comprendre que chacun est libre de s’organiser comme il le souhaite à condition de se réserver des plages d’écriture fréquentes et régulières plutôt que longues ( ce qui est difficile pour quelqu’un comme moi qui met toujours beaucoup de temps à se plonger dans l’écriture, mais qui a autant de difficulté à s’en arracher une fois lancée). Je trouve ces Masterclasses tellement utiles que je les transcris en intégralité sur mon ordinateur, sans passer par la case « Notes ». Je ne veux rien risquer d’oublier… Un immense merci donc à Samuel d’avoir la générosité de partager les fruits de son expérience.

Véronique

Formation vraiment éclairante sur les codes de l'écriture contemporaine

Noté 5 sur 5
15 janvier 2023

Je viens de terminer la Masterclass » Comment développer votre style d’écriture ? ». J’ai trouvé l’ensemble assez remarquable, par sa clarté, sa concision et la logique de la méthodologie utilisée, qui développe les thèmes un par un de manière exhaustive. Si certaines règles, comme celles de la traque aux adverbes et à l’abus d’utilisation des adjectifs, ou encore la tendance contemporaine à écrire des phrases courtes, sont connues de tous ( bien que devant être prises non comme un impératif absolu mais comme une tendance générale), d’autres points sont beaucoup moins évidents. Grâce à cette formation, j’ai découvert beaucoup d’écueils que j’ignorais totalement, mais qui visiblement sont très importants pour les professionnels de l’édition., même si parfois la raison de l’ostracisme dont ils font l’objet m’apparaît discutable parce que leur justification profonde m’échappe un peu ou me laisse sceptique. Ainsi la limitation des conjonctions de coordination et des mots de liaison ( pour éviter les phrases trop longues ??), le fait de privilégier la voix active à la voix passive ( mais quid du passif pour accentuer l’idée qu’un personnage subit l’action sans pouvoir la diriger ?)) ou la forme affirmative à la forme négative (sauf que souvent, on discerne précisément ce que les choses, les êtres ou les actions ne sont pas ou ne veulent pas, ou n’arrivent pas, plutôt que l’inverse. C’est de la négativité ou de l’absence d’affirmation que peut découler le flou, l’angoisse ou le malaise). Tout à fait d’accord par contre avec l’importance à accorder à la ponctuation, aux perceptions sensorielles, à l’équilibre à établir entre les trois formes du récit., bien qu’à mon sens on a trop tendance aujourd’hui à vouloir privilégier le dialogue, supposé être « plus vivant ». Or un roman n’est pas une pièce de théâtre parsemée de prose.. Quant aux figures de style, je ne suis pas certaine que faire une lecture en dernier ressort pour tenter d’en inventer quelques-unes à parsemer sciemment dans son récit soit une bonne chose. Je vois plutôt la figure de style comme quelque chose qui surgit spontanément soit au cours du premier jet, soit au cours des innombrables relectures de son texte, quand on cherche à trouver la meilleure image ou la formulation la plus précise ou la plus évocatrice. Maintenant faut-il nécessairement se dire : « Ah, j’ai utilisé cinq métaphores dans ce chapitre, par contre je n’ai aucune synecdoque, anacoluthe ou anaphore, il faut que j’en place une ou deux » me paraît un exercice bien artificiel.. Mais bon, il est vrai que je n’ai jamais tenté l’expérience. Je vais le faire parce que le résultat final m’intéresse. Est-ce que l’ensemble sera meilleur ainsi ?
En résumé, il est extrêmement utile d’avoir tous ces codes de relecture en tête, surtout lorsqu’on cherche à se faire éditer, et c’est vrai qu’il est capital de les connaître. Maintenant est-ce que cela aide vraiment à trouver un style qui n’appartient qu’à soi et ne ressemble à aucun autre ? J’en doute fortement. La littérature contemporaine me semble au contraire incroyablement uniforme et écrite dans une langue basique, minimale.. 90% des romans qui paraissent ont des styles d’écriture similaires : phrases courtes qui donnent un rythme haché assez fatigant au bout d’un moment, syntaxe minimale, abus des nominales, disparition quasi systématique des propositions subordonnées, surtout circonstancielles.. J’entends bien que le but des éditeurs est de vendre, et donc de fournir des textes dont la lecture n’exigera aucun effort de la part du lecteur. Le fameuse exigence de « fluidité ». Mais n’est-ce-pas là le mépris suprême vis-à-vis du lecteur ? Penser qu’il n’est ni assez intelligent, ni assez cultivé, ni assez courageux pour lire des phrases complexes ? Il est certes essentiel de s’adresser aux émotions. Mais s’adresser aussi à l’intellect est-il si répréhensible ? J’ai beaucoup aimé la vidéo sur monsieur Victor Hugo, entre autres, qui honnit les adjectifs. Et pourtant, lorsqu’on lit ses romans et sa poésie, ils sont truffés d’adjectifs.. Que donnerait la lecture de toute la littérature du dix-neuvième siècle et de la première moitié du vingtième siècle si on la passait à la moulinette de la lecture des 8 étapes de clarification mentionnées dans cette Masterclass ? .Les trois-quarts des auteurs se verraient jeter au panier, Proust avec ses interminables phrases alambiquées d’une demi-page, Hugo et son lyrisme grandiloquent, l’amour des longues descriptions et des détails infimes de Balzac (pourtant un délice) , etc. etc. En conclusion, je remercie infiniment Samuel Delage d’avoir pris le soin de décortiquer ainsi les règles d’écriture contemporaines . C’est effectivement indispensable si l’on veut être édité. De là à penser que ces règles permettront à l’auteur débutant de « faire ressortir son style unique » me semble plus contestable. Avoir ces règles en tête peut certainement permettre d’affiner un style et d’éviter les erreurs classiques des débutants. C’est une excellente chose, à condition toutefois de ne pas les appliquer au pied de la lettre et de savoir s’en affranchir lorsqu’on le juge nécessaire à son propos et à sa marque de fabrique personnelle. Tous les romans ne sont pas des romans d’action , des thrillers, des polars ou des faits divers sociaux. Les règles sont également à adapter au genre que l’on choisit. En tous cas, l’ensemble de cette Masterclass est d’autant plus passionnant qu’il suscite la discussion.. Merci à Samuel Delage de nous faire ainsi pénétrer dans les arcanes des codes de lecture des professionnels, c’est un cadeau sans prix !

Véronique

Replay live

Noté 5 sur 5
10 janvier 2023

Je n’en suis pas à ma première leçon avec Samuel DELAGE.
Vraiment les conseils de l’auteur sont clairs et motivants. Ce replay est nécessaire pour tous ceux en manque de motivation, ceux qui ont des doutes, ceux qui n’osent pas et je confirme que les autres master classe sont importantes afin d’atteindre ses objectifs. Désormais chaque jour je travaille un peu, je prends du temps pour l’écriture, pour l’apprentissage et de plus Samuel DELAGE est très réactif lorsque nous demandons conseils via la plateforme. Il est présent tout le long de notre projet. J’en sais quelque chose car j’ai du stopper ma formation un moment et j’ai repris et grâce à lui la motivation est là!
Ce replay live en demande un autre pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’y participer!!
Merci Samuel pour toute cette motivation et ce discours clair à la portée de tous.

Francine

Sans le style, le roman n'existerait pas.

Noté 5 sur 5
5 janvier 2023

Cette 2ème formation sur le style m’a beaucoup enthousiasmée. Je vais l’écouter et la réécouter. Je crois que ce sont les notions les plus importantes ; savoir rédiger un récit, en permettant au lecteur de vivre en direct les scènes, ceci par le biais des mots choisis et leur emplacement. Merci Samuel pour votre générosité.
Danièle.

Danièle

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4 réflexions au sujet de « L’incident déclencheur du récit »

  1. Merci pour cet article qui décortique l’incident déclencheur et ce qui fait une bonne histoire. Du coup, ça m’a donné envie de lire « La chambre des merveilles », je crois que je ne vais pas tarder à l’acheter!

  2. Un bien joli article sur un point épineux de l’écriture de récit : le déclencheur.
    Actrice en formation, j’aime écrire des scripts. Je suis persuadée qu’en utilisant l’incident déclencheur provoqué sur l’imprévisible donnera une toute autre couleur au texte!

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