Comment créer de l'émotion en fiction - écrire un roman écrire un scénario

Comment créer de l’émotion en fiction, dans les romans et les séries TV ?

Un bon acteur sait mettre de l’émotion dans l’action et de l’action dans l’émotion.
Charlie Chaplin

Toutes les grandes découvertes sont faites par ceux qui laissent leurs émotions devancer leurs idées.
C. H. Parkhurst

Les mots manquent aux émotions.
Victor Hugo

L’émotion c’est l’habit le plus saillant que vous pouvez offrir aux lecteurs ou aux téléspectateurs. Peu importe l’originalité des idées ou des scènes, ou le grandiose qu’elles proposent, ce qui compte, c’est l’émotion. C’est ça qui emporte le coeur de ceux qui découvrent le fruit de votre écriture.

Vous pourriez écrire des scènes qui couteraient des dizaines de millions d’euros à produire à l’écran, avec des décors et du matériel incroyable, si elles ne génèrent pas d’émotion, elles ne valent rien.

L’émotion se niche dans les détails qui alimentent les péripéties de vos écrits, qui bousculent l’ordre des choses pour vos protagonistes, créé du conflit ou des déséquilibres. Vos personnages vivent à travers tout ce qui les perturbe et cela engage leurs émotions qui font écho avec celles des lecteurs ou des téléspectateurs.

Les émotions les plus primitives sont souvent les plus fortes, car elles sont là pour nous alerter des dangers et assurer notre survie, la peur notamment. Mais nous ressentons avec intensité la colère, la joie, la tristesse et apprécions les surprises. Toutes ces émotions peuvent être transmises avec leur panel d’intensité. C’est à l’écrivain ou au scénariste de le décider.

La méthode de création des émotions en fiction.

Le simple fait de créer des situations avec des détonateurs ne suffit pas. Le travail demande un peu de subtilité. Je profite de ce passage pour évoquer une différence importante entre le livre et l’audiovisuel dès à présent. Dans le processus narratif destiné au roman, l’auteur joue avec l’imaginaire du lecteur. C’est le lecteur qui se figure comment il visualise vos écrits dans son esprit, tandis que l’écran lui impose une vision, les images créer par le réalisateur, des comédiens retenus par la production et le diffuseur (chaine TV ou plateforme, Netflix…). Dans les deux cas, l’approche mérite une réflexion particulière et spécifique à chaque médium. Un travail d’enquête préalable pour installer les situations et références est parfois nécessaire pour garantir une perception efficace auprès du plus grand nombre.

Un personnage auquel on s’attache, et qu’un antagoniste jette par-dessus bord au beau milieu d’un fleuve, provoquera une émotion à différents degrés d’intensité suivant les lecteurs ou spectateurs. S’ils ont la phobie de l’eau, s’ils ne savent pas nager, s’ils ont déjà manqué de se noyer. Pire, s’ils ont perdu quelqu’un de proche de cette façon.

Les émotions sont directement liées à nos expériences personnelles. C’est aussi pour cette raison que si l’auteur a vécu lui-même des expériences très fortes, cela favorise parfois la transmission. Mais tout l’art de l’auteur réside aussi dans la possibilité de réussir à faire vivre des émotions que lui-même n’a pas nécessairement vécues. La mort par exemple. Quoiqu’il existe des exemples avec les ouvrages à succès de Didier Van Cauwelaert, qui témoignent d’expériences de morts imminentes.

Le point important pour générer l’émotion est de préparer soigneusement en amont la scène, de la réfléchir, de l’écrire, de l’éprouver et la réécrire. Le lecteur ou le spectateur a besoin d’être mis en condition, et préparé au mieux pour se trouver dans un état de réception. En soignant l’atmosphère ou l’ambiance qui entoure le personnage, vous alertez le lecteur, consciemment ou inconsciemment.

Par exemple, si votre personnage est un enfant et que vous le faites jouer sur le bord d’une falaise, face à l’océan. Installer le plus possible cet endroit. Parlez du vent qui déséquilibre le petit corps frêle de l’enfant, de la hauteur évidemment. Puis, il jette un caillou, et se rapproche pour jeter le suivant plus fort, car ils ne vont pas suffisamment loin à son goût. Ils ne les voient pas s’écraser en contre bas. Et à chaque lancé, vous insistez sur l’élan exagéré et mal contrôlé de l’enfant qui le pousse toujours un pas de plus en avant. Et pour le troisième lancé, là, il vise une mouette vraiment loin, elle vole un peu plus bas, elle lui semble atteignable. Cela lui donne surtout un objectif qui devrait le faire dépasser ses précédentes performances. Son pied d’appel va immanquablement mordre sur la limite d’herbe et de roc… mais sait-il que l’érosion a rendu totalement friable toute cette bordure, qui chaque jour se décroche ? (je vous laisse le soin d’imaginer que sa mère hurle son prénom à une cinquantaine de mètres derrière… vous voyez, je ne suis pas si cruel 😉 ).

L’émotion démarre dans l’identification

La meilleure façon de préparer l’émotion est de pousser les curseurs de l’identification au maximum. Comme nous l’avons vu précédemment, la préparation d’une scène est indispensable. Mais pour vous assurer que tous vos lecteurs ou spectateurs puissent s’identifier au personnage dans la situation que vous mettez en place, il faut entrer en empathie avec le protagoniste. Que ce soit une femme, un homme, ou un enfant, il est souhaitable de décrire les sensations que tout le monde connait. Quel que soit son âge ou son sexe, chacun connait les sensations que vous allez décrire. Et à travers les sensations comme le toucher, l’odorat, l’ouïe, le goût, la vue, vous aiderez le lecteur et le spectateur à vivre la scène à la place du protagoniste. Cela force l’entrée en empathie avec le personnage. Ainsi, si l’enfant de l’exemple précédent n’écoute pas sa mère. Que le vent annonciateur d’une tempête le pousse dans le dos comme une main maléfique. Que sa veste se gonfle et l’emporte davantage dans son élan. Que son talon glisse sur l’herbe fraiche. Qu’il découvre, souffle coupé, surpris, les rochers près de cinquante mètres plus bas et l’écume des vagues qui éclate dessus, tandis qu’il bascule, que ses doigts fragiles griffent la bordure rocheuse qui l’accompagne dans sa chute sans lui permettre de se retenir…

(on rembobine pour éviter le drame ?)

C’est en vivant les sensations dans sa propre chair que le lecteur ou le spectateur tombe avec le personnage. Il ne doit plus réfléchir ou observer la situation, mais juste la vivre. L’empathie à son point culminant fait exploser les émotions.

Le travail sur les émotions en fiction peut aller beaucoup plus loin encore et de nombreux aspects et outils supplémentaires permettent de développer ce sujet pour donner les meilleurs effets dans l’écriture de roman ou de scénario.

N’hésitez pas à découvrir les MasterClass que je propose pour cela.

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