Il était deux fois de Franck Thilliez

Il était deux fois, de Franck Thilliez

Il était deux fois de Franck Thilliez

L’art de l’écrit et de la construction sans faille

Prendre un Thilliez en librairie c’est s’accrocher à une paire de menottes avec le personnage principal du récit. Vous n’aurez la clé qu’à la fin pour vous en libérer. Si le personnage tombe, vous tombez, s’il se sort du guêpier qui l’étrille, vous survivez… je ne serai pas là pour écrire cet article s’il était arrivé le pire à Gabriel Moscato… mais croyez-moi, je me suis fait rosser, j’ai eu mal aux côtes, au visage et j’étais esquinté sur tout le corps pendant la lecture. Souffle coupé, au moins autant que le personnage.

Une narration sans concession, qui pousse irrémédiablement au chapitre suivant, et à tourner les pages tandis que la nuit s’enfuit.

Imaginez un instant vous réveiller brutalement dans un hôtel face à l’océan à cause d’un bruit assourdissant. Des oiseaux morts qui tombent du ciel. Vous reconnaissez vaguement cet hôtel qui hante vos souvenirs, mais rien des affaires qui vous entourent. Les vêtements près de vous ne sont pas les vôtres, mais vous n’avez que ça à enfiler de toute façon. La chambre que vous occupez n’est pas celle dans laquelle il vous semble avoir fermé les yeux la veille… vous vous rendez à l’accueil, et soudain, des détails vous font tiquer : l’écran d’ordinateur devant la réceptionniste est plat et fin. On vous apprend qu’on est en 2020 et pas en 2008. Vous réalisez alors votre fille disparue et que vous cherchez depuis des mois n’a toujours pas été retrouvée, 12 ans plus tard à présent. Et devant le miroir, vous avez bel et bien pris 12 ans, et vous avez pris cher, très cher, une tête à faire peur, et tout ça avec l’impression d’une seule nuit.

Gabriel Moscato démarre ainsi, et découvre aussi qu’il n’est plus gendarme, qu’il n’est plus le bienvenu dans cette petite ville de Sagas qu’il a toujours connu et que son alliance n’est plus à son annulaire. Mais surtout, sur la plage, juste en face, il y a un cadavre, celui d’une jeune femme qui pourrait être la fille de Gabriel Moscato.

Là, la menotte à votre poignet se resserre encore de quelques crans, et il en est de même pour Gabriel Moscato. L’auteur du récit vous joue un tour, c’est l’effet Franck Thilliez, et vous en avez pour 500 pages. 

Ce récit brille par sa construction, et un récit réussi c’est d’abord un excellent démarrage, une mise en place implacable et une promesse très forte, suffisante en tout cas pour porter l’histoire jusqu’à son terme.
#ConseilEcriture1

Première phrase, premier paragraphe

Soignez la première phrase, le premier paragraphe et la première page, telle est la règle fondamentale défendue par les écrivains. J’y souscris pleinement et je vous invite même à passer un moment en librairie juste pour en déguster quelques-unes au détour des rayonnages. L’illustration par l’exemple avec le démarrage d’Il était deux fois n’échappe pas à la règle. Un premier paragraphe qui vous ambiance et vous emmène.
#ConseilEcriture2

« L’hôtel de la Falaise se nichait à l’endroit où la vallée de l’Arve se rétrécissait en un entonnoir de roche, à trois kilomètres à l’est de Sagas. À l’arrière de l’établissement de quarante-six chambres se dressait une paroi calcaire de cent dix mètres qui, même en plein été, était aux trois quarts dans l’ombre, barrée d’une végétation chétive, occultée du soleil par les pointes grises et blanches des Alpes de Savoie. Un froid permanent y régnait, une coulée d’air glacé descendue des cimes enneigées, plus particulièrement en ce début d’avril 2008 où le printemps tardait à se manifester. »

Le livre en librairie Il était deux fois de Franck Thilliez

Une belle accroche offre la perspective d’une ascension émotionnelle prometteuse. Et au fil des chapitres, rien n’est laissé au hasard dans le sillage de Gabriel Moscato, pas le moindre personnage de son entourage, pas le moindre de ses faits passés ni de ses actions en cours. Avancer sans son passé, c’est comme avancer en aveugle dans le brouillard, chaque pas est une prise de risque. Son pote gendarme est avec son ex-femme, mais il a payé le prix fort pour ça et se retrouve lié jusque dans sa chair à Gabriel. Dans ce livre, le réseau de personnages incarne avec justesse la qualité des relations nécessaires à un récit capable de vous tenir et de s’accaparer votre esprit pour plusieurs heures.

C’est dans la force des liens qui tiennent les personnages entre eux que naît véritablement l’âme d’un livre marquant.
#ConseilEcriture3

Mais en plus de toutes ces solides promesses, Franck Thilliez associe comme à son habitude, la précision scientifique, documentée et originale qui surprend au détour des chapitres, émaille et relève le récit. Un travail méticuleux qui assure un final à la hauteur des attentes, un véritable sans-faute, une satisfaction éclatante.

Quand la fin d’un récit fait écho à la promesse initiale avec panache et rebond, c’est l’assurance de donner envie de partager cette lecture avec ceux qui nous entourent.
#ConseilEcriture4

Un Thilliez qu’on lit d’abord parce qu’on se fait prendre par les chapitres, et qu’on relit ensuite pour en apprécier la structure de cathédrale aussi soignée que les ouvrages des bâtisseurs si chers à Ken Follett.

#ConseilLecture : lire deux fois Il était deux fois de Franck Thilliez

Commentaires et projets d’écriture

Pour ceux qui ont lu ce livre, je suis curieux de connaître vos impressions, en commentaire par exemple. N’hésitez pas également à partager cet article.

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Synopsis – « Il était deux fois »

En 2008, Julie, dix-sept ans, disparaît en ne laissant comme trace que son vélo posé contre un arbre. Le drame agite Sagas, petite ville au cœur des montagnes, et percute de plein fouet le père de la jeune fille, le lieutenant de gendarmerie Gabriel Moscato. Ce dernier se lance alors dans une enquête aussi désespérée qu’effrénée.

Jusqu’à ce jour où ses pas le mènent à l’hôtel de la Falaise… Là, le propriétaire lui donne accès à son registre et lui propose de le consulter dans la chambre 29, au deuxième étage. Mais exténué par un mois de vaines recherches, il finit par s’endormir avant d’être brusquement réveillé en pleine nuit par des impacts sourds contre sa fenêtre…

Dehors, il pleut des oiseaux morts. Et cette scène a d’autant moins de sens que Gabriel se trouve à présent au rez-de-chaussée, dans la chambre 7. Désorienté, il se rend à la réception où il apprend qu’on est en réalité en 2020 et que ça fait plus de douze ans que sa fille a disparu…

Il était deux fois de Franck Thilliez

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